Le retour d’Hallali

Pendant l’été 2018, un de mes gendres m’interroge sur les bateaux de mon grand-père Franck Guillet. Je lui raconte quelques souvenirs, et nous recherchons ensemble sur Internet quelque article ou photo. C’est ainsi que nous découvrons qu’un voilier classique « LE CID », 12 mètres Cruiser Racer fabriqué en 1956 à Sartrouville aux chantiers Jouet sur plans d’Eugène Cornu est mis en vente.

Ce bateau, construit pour mon grand-père et nommé « HALLALI » à son baptême est bien ancré dans notre mémoire collective familiale. C’était le dernier des grands bateaux de grand-père et sans doute le plus beau. L’idée de mobiliser quelques membres de la famille et amis pour faire une proposition à son propriétaire Norvégien se concrétise rapidement. En novembre, je me rends à Oslo avec mon ami charpentier de marine Hubert Stagnol pour rencontrer son propriétaire Lars Tingstad et avoir une première idée de l’état du bateau. Il ne reste plus qu’à concrétiser l’engagement des personnes intéressées par le rachat d’Hallali. Nous sommes 10 copropriétaires : 7 descendants directs ou rapportés de Franck Guillet, 2 amateurs éclairés de ma belle-famille, et un courageux ami !

Le Maire de Bénodet nous confirme par l’intermédiaire du président de l’YCO une place au ponton. Une rencontre avec les Norvégiens et une promesse d’achat, conditionnée à une expertise, est signée. Le retour d’Hallali approche.

Nous retournons à Oslo en Juin accompagnés de notre expert Eric Ogden, qui valide l’état « correct » du voilier malgré une longue liste de travaux à entreprendre. Sa coque examinée à sec semble dans un état satisfaisant. Le gréement contrôlé par un spécialiste Norvégien est également validé bien que la hauteur du mât (27m60 de sa base à la tête) interroge ! Conforté par l’ajout d’un bas étai assurant une meilleure tenue du mât et la pose d’une troisième bande de ris à la grand-voile, nous pouvons envisager le retour d’Hallali en France par la mer.

Un équipage de 7 personnes est constitué : Yann d’Aix-en-Provence, officier de marine marchande à la retraite, Pierre professionnel de la voile de Concarneau, Stéphane professeur de math à Nantes, Henri exploitant agricole à Spezet, Elizabeth musicienne et barreuse expérimentée et son mari Jean amateur de belle plaisance de Maison-Laffitte m’accompagnent pour cette navigation.

Nous prenons toutes les précautions pour assurer les meilleures conditions possibles de sécurité pour le convoyage. Conseillés par Pierre-Henri, notre ami de Douarnenez habitué de ces eaux, nous étudions les différentes options de route d’Oslo à Bénodet : par la mer de Kattegat en longeant la côte Suédoise puis le canal de Kiel pour rejoindre la mer du Nord, ou celle, plus rapide du Sud de la Norvège directement vers l’Angleterre.

Le 9 juillet 2019, les cales pleines « Le Cid » quitte son ponton de Bigdoy par un bon vent d’Ouest, direction Vollen. C’est le départ. Les cartes météo des quatre prochains jours prévoient des vents de Nord-Ouest pour traverser la mer du Nord. Nous décidons de descendre le long de la côte sud-ouest norvégienne pour chercher un bord plus favorable au départ de Kristiansand direction Douvres.

A la sortie de Son, le 10 au matin, nous respectons la tradition et, à l’occasion du changement de nom du bateau du « Cid » pour reprendre celui d’origine « Hallali », nous coupons la ligne de notre sillage par trois fois. Le soir arrivée de nuit dans une petite crique, un merveilleux souvenir de calme et d’une grande beauté.

Nous prenons un ris pour la descente vers Kristiansand, puis deux au près. La surface de la grand-voile (environ 120 m²) nous oblige à réduire la toile dès 10 à 12 nœuds de vent pour le premier ris et 15 à 17 nœuds pour le deuxième. Arrivée à Kristiansand sous un beau soleil couchant.

Le départ le 12 juillet est fixé dès 6h30. Par beau temps nous quittons les rivages de la Norvège pour piquer Sud/Sud-Ouest vers l’Angleterre à 8,5 nœuds de moyenne. Nous amenons les couleurs Norvégiennes et envoyons le pavillon national, « Hallali » est à nouveau Français.

Ces premières journées à bord d’ « Hallali » nous ont montré ses grandes qualités de puissance et de vitesse. Non seulement c’est un très joli bateau, aux lignes épurées comme le voulait Franck Guillet, mais c’est surtout un très bon marcheur. Il a cependant ses fragilités, en particuliers au niveau du tube de jaumière, et nous embarquons pas mal d’eau. Malgré le travail de Pierre qui réduit l’entrée d’eau, nous aurons tout au long de la traversée à pomper régulièrement lorsque nous sommes en navigation.

Nous nous organisons pour parcourir les 500 miles qui nous séparent des côtes anglaises. Nous nous relayons par quart la nuit. L’électronique du bord est réduite à sa plus simple expression : une VHF et un vieux GPS Raython. Nous avions demandé à notre fournisseur Concarnois avant de partir de nous paramétrer l’AIS et la réception des fichiers météo par téléphone Iridium.

Les soirées en pleine mer étaient régulièrement bercées par la musique jouée par Elizabeth sur son accordéon. Nous passons dans des champs de plateformes de pétrole. Le 13 juillet au matin, l’AIS nous signale à environ 120 miles nautiques au large du Danemark à une vitesse de 8,1 nœuds ; le soir, nous sommes au large de Douvres, mais nous décidons de poursuivre la navigation pour rallier Cowes, port plus adapté à notre joli bateau !

Au matin du 15, nous longeons les falaises blanches de la côte sud de l’Angleterre et arrivons à Cowes qui nous accueille malgré un port de plaisance bondé. C’est la « Panerai British Classic Yachts Challenge ». Nous sommes à couple de « Lutine », un superbe yawl bermudien de 1952.

Le 16, nous quittons Cowes à regret à 12h45, passons au large des « Needles » à 15h00. L’escale à Pendennis Marina à Falmouth nous permet de nous repaître de « fish and chips » arrosés d’une bonne pinte.

La traversée de Falmouth à l’Aber Wrach se fait sans encombre en 14 heures. Nous passons la Libenter et sommes accueillis au ponton à 22h30 par notre ami Jean-François. Dîner en musique et bonne nuit de récupération.

Après une journée d’attente pour de meilleures conditions météo, nous repartons le 20 juillet pour rallier le nouveau port d’attache d’ « Hallali ». Passons le Four un peu tard et arrivons au Raz de Sein juste à la « fermeture ». Mais la puissance d’ « Hallali » nous permet de passer sans encombre avec un bon courant de 5 nœuds dans le nez.

A 21h00, un groupe d’amis vient à notre rencontre au large des Verrès, et embouquons la rivière après avoir affalé dans la baie. Pourtant ce n’était pas l’envie qui me manquait de remonter la rivière à la voile comme l’aurait évidemment fait grand-père ! Un joli groupe de famille et d’amis sont présents autour du président de l’YCO pour nous accueillir, et nous célébrons tous ensemble la fin de la première étape de cette belle aventure : le retour d’ « Hallali » en France et dans la famille !

Hubert Guillet, juillet 2019

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